Voici l'histoire de l'Abbé Paramelle, chercheur de sources, de passage à Désaignes en 1843.
LE CHERCHEUR D'EAU PARAMELLE (1790-1875)
Sorcier ou Saint
Texte pris sur internet du bulletin municipal de villers marmery fait Mr Ulrich Adams et Bert Michel, modifié par jean Treve
Biographie.
Jean Baptiste Paramelle vint au monde le 16 janvier 1790 à Felzins canton de Figeac (Lot). Il était l'ainé de 4 enfants d'une famille pieuse et relativement aisée. Comme il était naturel à l'époque il choisit la carrière écclésiastique, fit son séminaire à Cahors et après avoir été vicaire à Sousceyrac près de Figeac, il fut nommé en 1818 curé de Saint Jean Lespinasse (canton de Saint Céré). Sa paroisse étant relativement petite, l'exercice de son ministére lui laissait beaucoup de temps qu'il consacrait à l'étude et il s'appliqua à la connaissance de l'histoire locale. En 1824, il publie la « Vie de Sainte Spérie » martyre chrétienne du 7ème siècle. Ce livre lui procura une certaine notoriété dans son diocèse et il fut nommé curé de la grosse paroisse de Cornac. L'histoire de son pays natal demeure un de ses centres d'intérêt et il publie plus tard en 1867 « La Chronique de Saint Céré ».
Quand il était curé de Cornac, Paramelle reçut un jour la visite d'un ami propriétaire terrien du voisinage, qui se plaignait du manque d'eau sur son domaine. Depuis son changement de paroisse, l'Abbé avait maintes fois entendu autour de lui pareilles récriminations. Paramelle se procura un grand nombre d'ouvrages spécialisés en géologie et compléta ses études théoriques par une observation minutieuse de la nature en particulier les cours d'eau. Il mit à l'épreuve ses idées en les appliquant sur la propriété de son ami et trouva un gisement d'eau souterraine à la profondeur indiquée et avec le débit annoncé.
Après neuf années d'études, d'explorations, de patience et de fatigues ; en 1827 l'Abbé entreprit de rédiger les premiers résultats de ses recherches pour son « Art des Sources ». Il dut attendre encore des années avant de pouvoir publier son livre car il voulait perfectionner sa méthode et en éliminer les erreurs. L'Abbé ne voulait courir aucun risque ; il présenta en 1827 au Conseil Général du Lot un abrégé de son traité et une demande de subvention. Les élus lui accordérent le 21 août 1827 une somme de 600 francs. Ses premiers résultats encouragèrent Paramelle à poursuivre ses études et à faire de plus en plus d'essais pour la plupart couronnés de succès. Il élargit son champ d'action et sa renommée dépassa les limites du département du Lot. Ses travaux attirèrent l'attention en 1827 de Monsieur de Martignac ministre de l'Intérieur. Comme les demandes des solliciteurs étaient de plus en plus nombreuses, Paramelle demanda à son évèque la permission d'abandonner sa cure en 1832.
Il se consacra à plein temps à son nouveau métier d'hydroscope.
Son activité était bien organisée. Il passait l'hiver à Saint Céré et pendant 21 ans de 1832 à 1854 du 1er mars au 1er juillet et du 1er septembre au 1er décembre il faisait ses voyages dans tous les départements français. Il prenait néanmoins une pause pendant l'été.
Avant de partir en voyage, il traçait sur une carte du département visité un itinéraire comprenant les lieux à visiter. Il recevait au minimum 300 demandes par département. Il annonçait par écrit sa visite et utilisait la Presse à cet effet. Il travaillait tous les jours sauf les dimanches et jours fériés. Il partait à jeun le matin vers sa clientèle à cheval tout en lisant son bréviaire. Il prenait son petit déjeuner assez tard et à midi s'accordait une heure de pause pendant lequel il se contentait d'un repas frugal. L'Abbé était très pointilleux sur la ponctualité et n'attendait pas quand un propriétaire était en retard. Il a parcouru toute la France par tous les temps. Il n'avait d'obstacles dans ses recherches que la nuit et la neige.
A 60 ans passés, son état de santé s'altéra. En 1853 il fit une cure de 26 jours à Vichy et en 1854 à l'àge de 64 ans, les infirmités l'empèchent d'entreprendre de nouveaux voyages. Il se retire à Saint Céré et dut décommander les 37 départements qui avaient encore sollicité son aide. Au cours de sa vie de chercheur, Paramelle a parcouru plus de kilomètres à pied et à cheval qu'aucun autre de ses contemporains. Il pourvuivit ses études et reprit la rédaction de son livre « Art des Sources » puis il travailla à la 2ème et 3ème édition. Il exerça ensuite son ministère comme aumonier d'une Institution Charitable en 1854.
Par ses honoraires de chercheur d'eau, Paramelle avait acquis une fortune considérable. Il en distribua la plus grande partie à des bonnes oeuvres. Il légua au Séminaire de Cahors les revenus de son livre.
Il mourut le 20 août 1875 à 85 ans et fut enterré à Saint Céré.
Son portrait par ses contemporains
Devant nos yeux, par une chaude journée de juin, à travers un département poussiéreux et desséché, chevauche un homme de haute taille, robuste, vêtu de noir, sur sa tête un chapeau rond à larges bords, lisant son bréviaire. Il arrive à l'heure dite au lieu précis où l'attendaient déjà les notables de la commune. Son visage est franc et ouvert, son regard pénétrant, sa physionomie porte la marque de sa grande intelligence et de sa sincérité. Il sourit avec bienveillance et s'empresse de déclarer aux habitants qui lui témoignent une flatteuse impatience, « qu'il n'a pas le don des miracles, mais seulement une peu d'habitude à découvrir les moyens dont se sert la nature pour transporter et faire circuler les eaux recelées dans le sein de la terre ». Et il leur montre alors l'emplacement où ils doivent creuser le puits. Sa modeste assurance correspond parfaitement à la simplicité de son habillement. Toute son apparence a quelque chose de la rudesse d'un montagnard, mais déplaît d'autant moins que sous cette rustique enveloppe on devine tout de suite la belle âme, l'esprit fin et délié de l'homme. Sa conversation n'est ni brillante, ni recherchée ; en revanche elle est brève, lucide, toujours utile et solide. L'abbé Paramelle n'aime ni les phrases ni les phraseurs. C'est un grand événement quand dans une région manquant d'eau on annonce l'arrivée de l'Abbé. On croit voir venir un envoyé de Dieu, un second Moïse et la population accourt au devant de lui. On l'entoure, on l'examine, on l'interroge. Est ce un sorcier ou un saint ? Il reste impassible : Paramelle a les pieds sur terre. Son regard scrutateur erre sur le pays et enregistre en lui-même sa morphologie et sa végétation. Il étudie aussi la surface du terrain, il l'évalue, pourrait-on dire, d'un coup d'oeil. Il désigne même de loin l'emplacement d'une source, son volume, et cela avec une précision si étonnante qu'on pourrait le prendre pour une sorte de devin.
Sa méthode
A une bonne connaissance de la géologie régionale, il alliait un don d'observation certain pour les formes de terrain et les conditions de végétation. Comme cartographie il n'avait à sa disposition que la carte de Cassini datant du milieu du 18ème siècle. Aujourd'hui l'activité de conseil de l'hydrogéologue de terrain est facililtée par une bonne carte géographique spécialisée. Avant d'entreprendre le creusement d'un fontaine ou le forage d'un puits, il se déterminait surtout d'après la forme et l'orientation d'une vallée et de ses vallées transversales. En outre il s'efforçait toujours de trouver le Thalweg c'est à dire le sillon le plus profond de l'ancien fond de la vallée qui est recouvert pas des déblais des versants ainsi que des graviers et des sables fluviatiles bien perméables et qui de ce fait n'est pas visible en surface. Il place ce sillon au point d'intersection des lignes de pentes des deux versants. Dans une forme quelque peu modifiée, Hofer von Heimhalt dans son livre de 1912 a repris cette méthode. Par contre Paramelle ne trouvait pas opportun d'appliquer sa méthode aux puits artésiens. Paramelle récusait absolument la baguette de sourcier. Sur plus de 10000 gisements de sources qu'il a désignés deux seulement avaient été choisis aussi par « un joueur de baguette »
Ses conditions
Pour couvrir ses frais, il se vit forcé de demander des honoraires pour ses visites mais bien entendu seulement en cas de réussite. Pour ceux qui étaient intéressés, il publiait des conditions en règle : demandes écrites avec le nom, profession et adresse du demandeur ainsi que le site du terrain à expertiser. En échange de son expertise il demandait 10 francs pour chaque source trouvée dans son département, dans les six départements limitrophes 15 francs, pour les autres 20 francs et 5 francs de majoration au fur et à mesure de l'éloignement. Il offrait ses services aux demandeurs sans ressources. Il s'engageait par écrit à rembourser les honoraires perçus au cas où le demandeur n'aurait pas trouvé d'eau à l'endroit désigné et à la profondeur indiquée. Celui qui dans l'année de la visite de l'Abbé n'avait rien entrepris ne pouvait prétendre à restitution de l'avance. Dans tous les cantons où travaillait notre prospecteur, il nommait un correspondant chargé des demandes de remboursement. Il faisait certifier ses réussites par des constatations officielles auprès des administrations publiques et sollicitait aussi les critiques de ses clients. A son grand regret, il ne reçut en retour que peu de rapports. Il en fut autrement avec les insuccés qui devaient donner lieu à remboursement d'honnoraires. La comptabilité de Paramelle et les Pv du Lot laissent à penser que le taux de réussite fut d'au moins 90%.
Son livre de l'eau
La première édition de L'art de découvrir les Sources parut en 1856 à Paris. Les 3000 exemplaires furent rapidement épuisés. A peine trois ans plus tard ses importantes recherches déterminérent l'Abbé à publier une nouvelle édition corrigée et complétée. Une troisième édition parut à Cahors en 1874, un avant le décès de Paramelle. En 1896 parut la quatrième édition. La bibliographie ne mentionne pas la cinquième. Enfin c'est en 1926 à Paris que parut la sixième édition. Il y eut même en 1856 une version en Allemand et en 1863 une version en Espagnol.
Appréciation
On a sans doute raison de voir en Paramelle un précurseur de l'hydrogéologie. Les ouvrages de Paramelle et Darcy parurent tous les deux en 1856. Darcy lui a consacré quelques pages de son livre. Darcy fut célèbre et personne n'a réfuté ses conceptions qui sont devenues une référence incontestable. Darcy d'abord sceptique, eut une haute estime pour Paramelle « Mr le curé de St Céré a consacré sa vie à des recherches dont le but était de découvrir et mettre au jour les eaux souterraines cachées. Les travaux de Paramelle ont été entrepris sous l'inspiration d'une pieuse pensée ; ils ont produit de bons résultats et l'ouvrage dens lequel il rend compte de ses recherches est un livre curieux et utile » La renommée de Paramelle par contre fut placée sous une étoile essentiellement défavorable. Malgré le bien qu'il fit à ses compatriotes et le succés de son livre il est aujourd'hui tombé dans l'oubli. Mais à son époque, l'Abbé était l'autorité reconnue et populaire dans le domaine du dépistage des sources et il fut admiré et loué dans l'ensemble de la presse y compris la presse scientifique. Il fut même reconnu par l'Académie de Sciences. Ainsi en 1836 le zoologue E.Geoffroy Saint Hilaire proclama « ses heureux résultats ont assez de célébrité pour convaincre les plus incrédules. Le puisatier J.Dumas souligne pour sa corporation que Paramelle « a accompli dans cette science une chose presque incroyable ». Un hommage fut rendu à l'Abbé après sa mort par un industriel de Villers Marmery en Champagne qui après avoir lu le livre de Paramelle avait creusé et trouvé une source grâce à sa méthode. Il fit érigé un monument en 1899. Une marque de vin de Champagne portait son nom. Par contre à Saint Céré, peu d'honneurs lui furent rendus : seule une petite rue entre la gendarmerie et le presbytère lui a été dédiée.
J. Treve
Sources : bulletin municipal de Villers Marmery par Ulrich Adams et Gert Michel