Les carnets du Doux
  LES PETITS LYON

 

Quelques enfants orphelins ont été élevés à Nozières, ont été pupilles et placés plusieurs fois jusqu'à leur majorité. Ils sont restés dans le Vivarais et y ont fait leur vie. C'est le cas de Louis DELOTRE décédé à Nozières dans sa maison du Bruas le 31 octobre 1876 à l'âge de cinquante ans.

Louis DELOTRE est né le 3 mai 1826 à Lyon de père et mère inconnus. Voici l'extrait du registre des enfants abandonnés des Hospices Civils de Lyon du 6 mai 1826 :

« Louis DELOTRE garçon âgé de 3 jours exposé aujourd'hui à neuf heures et demi du soir dans le tour (1) de cet hôpital ayant pour layette un bonnet indienne fond blanc, un mouchoir de coton marqué C, une chemise à corset, un drapeau de toile, un lange de molleton gris, une bande ordinaire, porteur d'un billet ainsi conçu: Lyon le 6 mai 1826, le sieur Delotre qui a été batisé le 3 mai à 3 heures après midi, exposé le 6 mai de la même année, son trousseau est un mouchoir rouge et blanc, un bonnet bleu et blanc, un bonnet, un drapeau en molleton gris, une bande en coton passé a été batisé dans cet hôpital et enregistré à la mairie de cette ville »

(1)Le tour de hôpital de La Charité était un mécanisme placé sur la façade de l'hospice qui permettait d'abandonner l'enfant. La mère ou une personne envoyée par elle, en général la sage-femme, dépose l'enfant nouveau-né dans le tour et actionne une sonnette. Immédiatement une soeur hospitalière fait tourner le tour et réceptionne l'enfant à l'intérieur de l'hôpital. Le tour de La Charité fut en service jusqu'en 1857.

Voici maintenant l'extrait du registre de placement de La Charité : «  Louis DELOTRE né le 3 mai 1826 à François VIGNAL de Nozières (Tournon) le 7 mai 1826. Sujet à des crises nerveuses ou épileptiques, tombe 4 à 5 fois par mois ».

L'extrait du registre d'inspection à Nozières en 1830 mentionne :Louis DELOTRE à François VIGNAL au bourg. Commentaire de l'inspecteur « Vu bien portant, bel enfant, bien constitué et bien soigné ».

Le Registre de placement de La Charité mentionne : le numéro d'identification de Louis DELOTRE 39121, la date de remise aux parents nourriciers François VIGNAL et Rose DOREL du bourg de Nozières le 7 mai 1826. Dans une colonne centrale il est mentionné les équipements matériels donnés aux Vignal pour habiller Louis.
une layette le 7 mai 1826
un corset toile le 11 oct 1826
un premier habit le 4 avril 1827
une première toile le 18 juin 1828
un deuxième habit le 18 juillet 1828
une deuxième toile le 13 juin 1829
un troisième habit le 4 juillet 1829
une troisième toile le 9 juillet 1830
un quatrième habit, 5 ème, 6 ème, 7ème, 8ème, 9ème 10 ème et le 11ème habit donné le 6 octobre 1836 c'est- à-dire à peu près un habit tous les ans et une toile par an uniquement pour les trois premières années.
un drap donné le 6 aôut 1837

Une autre partie du registre mentionne l'argent de la pension donné aux époux Vignal :
Frais de voyage versés le 7 mai 1826 : 12 francs

Ensuite les versements d'argent payés aux époux Vignal sont échelonnés sur des périodes de 3 mois minimun à 1 an maximun , en général tous les 6 mois et jusqu'au douzième anniversaire de l'enfant . Les versements étaient de 55,50 francs environ pour les premières années puis pour les années 1834-35 de 73,50 francs. Ils baissent de 1836 à 1837 de 39,40 francs à 27, 25 francs et le dernier versement du 4 octobre 1838 était de 16,75 francs. En tout la famille Vignal a reçu 710 francs pour 12 années de pension du jeune Louis.

En équivalence en 1832 , le salaire journalier d'un ouvrier était en moyenne de 2 francs par jour. En 1840, 1 litre de vin rouge valait 0,10 francs, 1 kg de porc 1 franc, 1 kg de beurre 2 francs.

Conclusion.
C'est une véritable industrie nourricière qui s'est créee au cours du 19ème siècle dans les campagnes autour de Lyon. Pour les familles du Vivarais cela a été très intéressant financièrement car il n'était pas rare qu'une famille nourricière s'occupe de plusieurs nourrissons en même temps. Cela a sûrement ralenti l'exode rural dans le Vivarais au 19ème siècle. Cette activité a été controlée à la fin du 18ème et une partie du 19ème siècle par les prêtres des paroisses puis par les maires. Le taux de mortalité étant relativement important, les placements en nourrice ont été réglementés en France par la loi Roussel votée le 23 décembre 1874 établissant la surveillance de l'autorité publique de tout enfant de moins de deux ans placé moyennant salaire en nourrice.

j. treve
sources : archives municipales de Lyon


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